Si l’on rencontre Antoine Koch, 32 ans, marin, on se dit que la mer se présente quelquefois, sous la forme d’un miroir poli. Mais le corollaire n’est pas loin. Il ne faut avec la mer, jamais se fier aux apparences. Témoignages La détermination du jeune homme tranquille est à lire sous la surface. Et son permanent souci de la maîtrise du geste, s'apparente autant aux mathématiques qu'à la poésie. Certains marins l’inspirent. Ceux qui parlent peu, ceux qui pensent droit. Conversation d’un bord à l’autre. Echanges sur un ponton dans la lumière qui tombe. Précision des mots. Intensité des parenthèses. Langage d’artisan. Antoine écoute, partage, retient et serre le tout bien soigneusement dans son sac. Il en fera sa route.
Il ne croit pas qu’en sa bonne étoile. Il se dirige aussi à la lumière des autres.
Il vogue, toujours plus loin, poussé par une foi juvénile et guidé par une sagesse ancestrale.
Faire parler Antoine Koch est un challenge La volonté de ne donner qu’une épure de réponse, d’éliminer les mots pour les mots ou les images qui font écran à sa pensée. Celle de ne livrer que le raisonnement, le sens, de garder pour lui les scories du discours. Il avouera tout juste envisager un avenir aux destinations multiples. Escales successives ? Le monotype, pour la perfection pratique qu’il exige Et qui lui a déjà valu des victoires d’étape au Figaro. Là, c’est l’homme qui fait la différence et si c’est l’homme, c’est l’âme.
De cette âme, on ne saura rien. Des victoires, mais pas encore La victoire, ce qui en fait à ses yeux une course incontournable, celle vers laquelle il revient toujours. Il y a obtenu ses premiers succès mais aspire toujours à y briller davantage. Epreuve exigeante et formatrice, elle pousse chacun avant tout à se dépasser soi-même. Et parce que formation rime pour lui avec transmission, Antoine rêve de repartir sur la Solitaire au sein d’un team de deux bateaux. Le multicoque aussi, comme une balise familière et lointaine. Balise commune à quelques uns, les moins nombreux. Souvent les plus connus, parfois les plus brillants. Le multicoque encore, car Antoine sait, que pour aller toujours plus vite, il faut savoir prendre son temps. Et puis il y a ce bateau qu’il construira et dont il a probablement quelques esquisses dans un coin de sa tête. Koch est architecte naval.
Il parle d’un voilier qui lui ressemblerait, concédant qu’une carène est un équilibre délicat entre un souffle d’inspiration et une tonne de calculs. Un compromis en quelque sorte. Un compromis lui ressemble-t-il ? Oui en ce sens qu’une vague peut être magnifique ou fatale et qu’Antoine la lit forcément sous ces deux angles. On restera sur cette évidence. Il donne plus à imaginer qu’à voir. L’effet d’annonce n’est pas son fort. On n’ose pas lui demander la couleur des voiles. Il reste qu’Antoine Koch a beaucoup de chance et
que par chance encore, il le sait.
Jeune homme doué qui fait ce qu’il aime et ce pourquoi il est fait. Il lâchera au détour d’un silence cette phrase, presque trop longue: « C’est un luxe infini de faire très sérieusement quelque chose qui n’est pas du tout sérieux. » On ne l’imagine pas gâcher ce luxe.